Un hôpital souterrain à Amel 1914-1918

Pascal GROSDIDIER, samedi 24 juin 2017 - 09:31:00



Un hôpital souterrain à Amel 1914-1918

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Lors de la visite guidée du 19 juin 2002 organisée par l'A.N.S.B.V., Jean-Claude LAPARRA et Pascal HESSE ont su évoquer avec précision le fonctionnement du service de santé allemand dans le secteur allant du saillant de Saint-Mihiel jusqu'à la ville de Metz durant la première guerre mondiale. Cette visite a donné lieu à la parution d'une brochure très documentée par laquelle nos estimés guides ont, à force de ténacité, défriché un terrain d'étude peu approfondi jusqu'alors, tout en relatant avec une grande justesse les drames humains qui ont pu se jouer dans chacun de ces lieux de mémoire.

Le travail initiatique et fructueux de nos deux membres, associé à la découverte de documents souvent inédits, m'a permis d'apporter une relative contribution à la perception de l'organisation du service de santé allemand durant le premier conflit mondial.

Les historiques régimentaires, les albums photos d'époque ainsi que les récits de campagne des belligérants présents sur place m'ont donné la possibilité de rassembler un important faisceau d'informations sur le village d'Amel-sur-l'étang et plus précisément sur l’hôpital de campagne allemand qui y séjourna.

Plus aucun indice, plus aucune trace ne permet aujourd'hui au rare visiteur d'imaginer que la petite commune d'Amel, au nord d'Etain, fut un maillon non négligeable dans la grande chaine du service de santé allemand au plus fort des jours sombres de la bataille de Verdun .

La localité nord-meusienne, en partie reconstruite, n'offre plus guère au curieux qui s'y attarde, que l'image typique d'une paisible ruralité et seule la présence d'un cimetière militaire allemand à sa périphérie est là pour nous rappeler qu'en des temps déjà éloignés, deux nations se sont résolument affrontées, et que des hommes ont subi ici leur lot de misères et de souffrance.


Un village martyr aux avant-postes


Depuis le 3 août, date de la déclaration de la guerre, jusqu'au 20 août 1914, les deux armées rivales restent dans l'expectative sur le secteur du canton de Spincourt, dont dépend la commune d'Amel. Çà et là, se livrent de nombreuses et courtes escarmouches impliquant surtout la cavalerie des deux camps.

L'affrontement général nommé "bataille des frontières" débutera le 20 août pour se terminer le 26 août avec le retrait général des troupes françaises en direction de Verdun.

C'est donc le 24 août 1914, que la 67è division de réserve faisant partie de l'armée de Lorraine monte au feu sur l'axe Eton-Rouvres.




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"Ambulance allemande stationnée devant l'église incendiée d'Amel"




Face à la pression d'un ennemi en surnombre et fortement doté en artillerie lourde, la 67è division de réserve va reculer vers Amel pour enfin passer la Loison le 25 août 1914, laissant derrière elle, un village d'Amel livré aux incendies dus pour partie aux obus incendiaires allemands.

Le 26 août, sur ordre de l'état-major général, la 3è armée française et l'armée de Lorraine se replient sur les hauts de Meuse, précipitant ainsi l'intégralité du canton de Spincourt avec la majeure partie de sa population entre les mains de l'envahisseur pour plus de quatre années.

L'entrée en scène de la 50è division d'infanterie dans l'arène de Verdun

La 50è division d'infanterie est une des divisions nouvelles de la série paire 50 à 58. Elle a été constituée en mars 1915 par prélèvement de trois régiments sur trois divisions des VII corps d'armée et VII corps d'armée de réserve.

Ces trois régiments sont exclusivement wesphaliens puisque le 39è régiment de fusiliers est issu de Dusseldorf, le 53è régiment d'infanterie de Cologne et enfin le 158è régiment d'infanterie de Paderborn.

En avril 1915, la division est intégralement rassemblée en Champagne et dès le 14 mai de cette même année, on la retrouve dans la région au sud de Somme-Py.

De juin à octobre 1915, elle occupe le secteur de Tahure au nord de Perthes. Elle y subit l'offensive de l'armée française de la fin du mois de septembre qui lui cause de lourdes pertes (130 officiers et 7849 hommes du rang hors de combat)

Affectée par ces derniers combats, elle est mise au repos et reconstituée aux alentours de Vouziers pour réapparaître le 7 novembre, toujours sur le front occidental, au nord de Prosnes à l'est de Reims.

Le 14 avril 1916, elle remplace la 9è division de réserve présente devant Verdun depuis la fin du mois d'août 1914 et occupe plus particulièrement le secteur proche de Damloup et de la hauteur de Vaux-Berg.

Engagée au début de mai 1916 au nord de Vaux, elle prend part aux attaques prononcées sur la ligne Bois de la Caillette-Damloup du 1è au 3 juin, qui aboutirent le 7 juin 1916 à la prise du fort de Vaux par le 158è régiment d'artillerie.

Très éprouvée par ces rudes combats, la division sera mise au repos et recomplétée dans la région d'Etain, du mois de juin au mois de juillet 1916.

A la fin de juillet, la 50è division d'infanterie entre à nouveau en ligne au nord du fort de Vaux. Elle attaque le 1è août en direction de la Laufée et subit encore de lourdes pertes lors des offensives françaises du 8 août et surtout du 24 octobre 1916. Elle restera en ligne dans le secteur proche de Vaux jusqu'au 20 novembre 1916, date à laquelle elle prendra position sur le front alors plus calme d'Argonne.

Cette division sera restée finalement en tout et pour tout, sept longs mois sur le front de Verdun et sera considérée comme un division de première classe après la prise du fort de Vaux par ses éléments.

La 50è compagnie sanitaire appartenant à la 50è division d'infanterie sera, entre-autre, à l'origine des très importants travaux d'aménagement effectués dans le Feldlazarett n°4 d'Amel en vue d'optimiser au mieux son action sanitaire, notamment dans les périodes de très forte affluence comme ce fut le cas lors des attaques aboutissant à la chute du fort de Vaux.


Le mode d'organisation du service de santé allemand.


L'organisation du service de santé allemand en temps de guerre résulte d'un règlement en date du 27 janvier 1907. Blessés et malades sont soignés selon un processus rigoureux et méthodique avec des étapes successives visant à perdre le moins de temps possible dans leur prise en charge.

Schématiquement, le blessé reçoit les premiers soins à l'endroit où il est atteint, ensuite il est transporté, ou se rend, selon la gravité de ses blessures vers l'arrière; là, il sera, en premier lieu pris en charge dans l'abri du service de santé de la compagnie (Sanitartunterstand).

Son cheminement se poursuit vers le poste de secours du bataillon (Verbandplatz) ou encore vers un poste de secours principal (Hauptverbandplatz) plus éloignés de la ligne de feu.

Enfin, du poste de secours principal, notre blessé est transporté ou bien se déplace par ses propres moyens vers un Feldlazarett (hôpital de campagne) dans lequel sont pratiqués les premières opérations.

Dans le Feldlazarett ne stationnent que les intransportables ou les cas particuliers. Les blessés légers peuvent être maintenus dans les hôpitaux de campagne si leur nombre total n'est pas très important et à la condition que leur délai de guérison soit inférieur à quatre ou cinq semaines.

Certains hôpitaux de campagne ont des sections spécialisées dans le traitement des yeux, des oreilles, de la peau par exemple.

La plupart du temps, l'hôpital de campagne est installé dans un château, une école, une église ou encore à proximité d'une agglomération. Il se trouve généralement situé à une dizaine voire une quinzaine de kilomètres des premières lignes, tout en étant parfaitement bien desservi par voie routière ou éventuellement ferroviaire.

Cette structure sanitaire ne s'occupe en moyenne que de 150 à 200 patients mais jamais plus de 400 patients. Elle est placée sous la tutelle d'un médecin-chef.

D'une façon générale, elle se compose d'une soixantaine de militaires dont six médecins, un pharmacien, neuf à douze sous-officiers infirmiers, quatorze brancardiers, des aides-soignants et des soldats du train.

Chaque Feldlazarett dispose d'au moins deux cents lits, d'un préparateur d'eau potable, de deux cuisines roulantes, d'une voiture radiographique. Les besoins en électricité sont assurés par un groupe électrogène.

Au surplus, le règlement du 27 janvier 1907 prévoit que les blessés et malades, lorsqu'ils sont transportables, doivent toujours être évacués le plus rapidement possible vers les Kriegslazarett (hôpitaux de guerre), qui se trouvent beaucoup plus éloignés de la ligne de front et qui disposent de matériels supplémentaires. On les retrouve souvent dans une localité plus importante.

Cette disposition réglementaire démontre bien le caractère extrêmement transitoire du Feldlazarett pour les patients immédiatement transportables.


Lacrimosa


L'hôpital militaire n°4 se trouve être à la croisée de plusieurs routes essentielles. D'une part, la D197 traversant Amel permettait d'accéder aux villages de Foameix-Ornel et Morgemoulins en direction du front. Les blessés et les malades regroupés dans les postes de secours principaux de la 50è compagnie sanitaire notamment à Gincrey et Morgemoulins, pouvaient, grâce à cette route, être acheminés par véhicules ambulances vers le Feldlazarett d'Amel. Cette voie stratégique avait en outre l'avantage d'être relativement bien défilée et donc soustraite à la vue des observateurs français ainsi qu'à leur artillerie à longue portée.

Un croisement dans l'agglomération d'Amel permet à la départementale D14 de bifurquer en direction de Senon et de desservir les infrastructures de l'hôpital. Une telle voie d'accès présentait l'avantage d'éviter que le balai des ambulances et leur stationnement en vue du chargement et déchargement des blessés ne viennent engorger la D197 et donc à gêner les multiples convois logistiques de tout acabit venant de la nationale 18 ou de la gare de Baroncourt et se dirigeant, en traversant Amel, vers la ligne de feu.

En direction de l'est, la route D197 mène à la nationale 18 et permet aux ambulances d'évacuer, du Feldlazarett d'Amel, les blessés transportables ou en surnombre vers les Kriegslazarett les plus proches de Bouligny-La Mourière et Piennes ou encore vers les trains sanitaires stationnés en gare de Baroncourt spécialement pour l'acheminement des blessés vers l'Allemagne via les gares de Thionville et Metz.

Il y a lieu de constater que la localité d'Amel et son hôpital ne sont absolument pas desservis par voies ferroviaires à écartement normal ou réduit et que la gare la plus proche se trouve à Baroncourt sur la ligne de chemin de fer Sedan-Longuyon-Conflans-Jarny.

Le 16 avril 1916, la 50è division d'infanterie remplaça la 9è division de réserve sur le front de Verdun et ainsi la 50è compagnie sanitaire réceptionna le 26è hôpital de réserve jusqu'alors à la disposition de la 9è division de réserve et composé pour l'essentiel de six tentes pouvant accueillir tout au plus 70 patients.

Le Feldlazarett se vit attribuer le numéro 4 et toute une série d'aménagements fut entreprise car les infrastructures déjà existantes furent jugées trop insuffisantes.

La 50è compagnie sanitaire mit tout d'abord en place trois baraques préfabriquées en bois de type Docker. Deux des ces baraques furent réservées aux patients alors que le dernière fut attribuée au personnel administratif de l'hôpital.

Sur les six tentes préexistantes, quatre furent immédiatement attribuées aux blessés, une autre fut réservée au logement des hommes du rang mis à la disposition du service de l'hôpital tandis que la sixième fut utilisée comme salle d'opérations.

Ladite compagnie sanitaire procéda ensuite chronologiquement à l'aménagement d'un vaste groupe opératoire dans une grange se trouvant directement sur la D14, existant toujours de nos jours.

Si l'on s'en réfère au témoignage du capitaine VON SELASEN-SELASINSKY, on peut y apprendre que cette nouvelle salle d'opérations avait une longueur de six mètres sur une largeur de sept mètres. L'éclairage y était assuré par des lampes électriques situées au plafond mais également par un éclairage de secours au gaz. La salle de chirurgie possédait trois grandes fenêtres latérales munies chacune de fermetures roulantes en tissu épais censées masquer la lumière due aux interventions nocturnes à l'observation aérienne française. Le sol y était recouvert de ciment et possédait un système d'évacuation des eaux usées. La salle comportait une table d'opérations, plusieurs étagères en verre pour poser le matériel indispensable aux opérations, un fourneau de chauffage, des lavabos avec l'eau courante et enfin une bouteille d'oxygène munie d'un masque respiratoire.

Selon l'auteur, cette salle était conforme aux plus strictes exigences de l'asepsie et permettait de réaliser des opérations de l'abdomen, des amputations ainsi que des trépanations.

A côté de la salle d'opérations furent aménagés une salle destinée à stériliser le matériel de chirurgie, une salle de pansements, une pharmacie, une pièce de réveil et enfin un hall d'accueil pour les blessés.

La transformation de la grange dura six semaines du 16 avril au 28 mai 1916 et se finalisapar la pose d'une pancarte au-dessus de la porte d'accès coulissante d'une grande croix rouge avec l'indication " F.L. 4-50 ID " (Feldlazarett 4-50è division d'infanterie)

L'unité sur place conçut une petite étable pour deux vaches à lait et quatre porcs à engraisser, un appentis pour stocker le charbon nécessaire au chauffage et aux cuisines roulantes.

Un autre appentis fut crée dans l'enceinte de l'hôpital pour y abriter les cuisines roulantes à proximité d'une cantine réservée aux membres du personnel du Feldlazarett.

L'électricité utile au fonctionnement des infrastructures de l'hôpital était fournie par une centrale électrique se trouvant dans le village voisin de Senon.

Très rapidement, la capacité d'accueil en lits doubla pour passer de 70 à 144.

Les autorités militaires en place jugèrent néanmoins, qu'il était nécessaire d'agrandir à nouveau les infrastructures de l'hôpital en y aménageant une ferme située dans le village au numéro 31 de la rue principale (D197)

En effet, avec l'approche de la mauvaise saison, le logement des blessés et malades dans une structure " en dur " plutôt que dans des tentes fut jugé plus adapté.

Les travaux furent exécutés par des prisonniers russes à compter d'octobre pour se terminer le 15 novembre 1916. La maison était constituée de deux parties distinctes, dont l'une fut réservée au logement des médecins ainsi qu'à leur foyer de détente.

L'autre partie abritait une salle de pansements, une grande salle pour 60 blessés graves et enfin une petite salle pour 16 blessés légers. Ces salles pour blessés étaient situées plein sud, leur sol était recouvert de ciment et des arrivées d'eau courante y étaient installées.

La partie supérieure située au-dessus de la petite salle des blessés fut réservée au logement des infirmiers et des sous-officiers du service de santé.

Pour finir, le vieux lavoir du village endommagé par les combats d'août 1914 fut restauré et modifié au début du mois de juillet 1916. On y aménagea un vestiaire, une vaste fosse permettant la prise de bains chauds ainsi qu'une série de douches collectives.

A proximité du lavoir aménagé se trouvait un véhicule spécial produisant de la vapeur et permettant l'épouillage des hommes et des vêtements. L'eau chaude ainsi produite y était recyclée afin d'alimenter les douches et les bains.

De la fin du mois de juin 1916 jusqu'au début du mois de novembre 1916, cette installation avait permis de fournir 22147 douches ainsi que 266 bains tout en assurant l'épouillage et la désinfection de 8257 hommes.

Durant les sept mois de présence de la 50è compagnie sanitaire à Amel, 1278 hommes furent admis en cet hôpital, 4190 y furent examinés et nourris, avant d'être évacués vers d'autres hôpitaux plus en arrière.



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" Blessés sortis des tentes de l'hôpital avec leur lit pour prendre un bain de soleil "




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" Salle d'opérations aménagée dans un ancienne grange "




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" Plan des aménagements réalisés dans la maison n° 31 donnant sur la rue principale d'Amel "




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"Ambulances acheminant des blessés vers un train sanitaire à Piennes"




Repos éternel au WALHALLA



La date de la création du cimetière militaire allemand d'Amel-sur-l'étang ne nous est pas connue avec précision. L'historique de la division évoque la nécessité d'établir une nécropole après l'arrivée de la 50è division d'infanterie sur le front de Verdun le 14 avril 1916.

L'étude approfondie du registre des soldats inhumés à Amel, nous apprend que les premières inhumations remontent à une date postérieure au 14 avril 1916 et concernent presque exclusivement des militaires appartenant à des unités de la 50è DI.

C'est après le conflit, entre 1920 et 1924, que la nécropole d'Amel devint un cimetière de rassemblement regroupant les dépouilles des soldats allemands enterrés dans les communes de Grémilly, Muzeray, Nouillonpont, Senon, Spincourt, Saint-Laurent, Dommary, Baroncourt ainsi que celles des quelques tombes isolées des alentours de la commune d'Amel.

Durant cette période, la nécropole va prendre peu à peu l'aspect qu'on lui connait actuellement en regroupant 2284 défunts sur une superficie totale de 5872 m2.

Un rapport descriptif des lieux datant de 1927 parle d'un très beau cimetière avec une allée centrale entourée d'iris qui partage la nécropole en deux parties distinctes et qui mène vers le monument d'origine dominant les nombreuses croix en bois ou autres pierres tombales.

Cette parcelle de mémoire fut aussi à cette époque entourée d'une clôture dissimulée très avantageusement par une haie constituée de différentes essences de végétaux.

On y apprend également que l'association des officiers de Dusseldorf parraine la nécropole d'Amel et fut très active dans le déroulement des travaux d'embellissement de 1928. De nombreux peupliers et ormes furent plantés dans le cimetière afin d'embellir ce dernier. La fosse commune fut entourée par un massif dans lequel furent disposées des roses et un portail d'accès à la nécropole fut installée.

Il est intéressant également de constater que le cimetière de regroupement d'Amel rassemble, encore actuellement 13 défunts issus du service sanitaire, dont un Oberstabsartz (médecin principal ou major)



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" Au premier plan, vue d'une partie du cimetière et à l'arrière plan, vue sur une partie des installations de l'hôpital."




In-Memoriam


Le capitaine VON SELASEN-SELASINSKY écrit dans l'historique de la 50è division d'infanterie " qu'avec l'extension du cimetière d'Amel, apparut corrélativement la volonté d’élever un digne et durable monument en l'honneur des héros inhumés ici...." Dans ce contexte, une heureuse circonstance se manifesta en la présence du 85è bataillons de travailleurs saxons, ayant lui aussi ses quartiers dans le village d'Amel.

Un sous-officier du nom d'Albrecht LEISTNER de la 1è compagnie du 85è armierungs bataillon, peintre et sculpteur à Leipzig du temps de paix, proposa très vite un projet d'édifice commémoratif.

Il fut décidé que le monument devrait être élevé au coeur du cimetière militaire d'Amel sous la conduite de Albrecht LEISTNER.

Les pièces de bois nécessaires à l'élaboration de l'échafaudage, le sable, le ciment ainsi que les outils furent fournis par le parc des pionniers de la 50è division d'infanterie installée à proximité de Baroncourt à quelques kilomètres plus à l'est d'Amel.

Les pierres de taille qui constitueront l'ossature de l'édifice, furent prélevées sur place dans les demeures en ruines de la localité. La main d’œuvre, quant à elle, fut constituée par le personnel disponible de l'hôpital, par les convalescents aptes au travail et enfin par d'autres troupes stationnées dans la commune.

Le 11 juillet 1916, le chantier débuta par les travaux d'excavation et l'élaboration des fondations. Du 22 au 30 juillet fut maçonnée la plate-forme sur laquelle devait reposer le monument. Le mois d'août fut essentiellement consacré à l'édification du corps du monument.

La plaque commémorative finalisant la construction fut apposée le 6 septembre 1916.

Le monument trouva tout naturellement sa place au centre de la partie arrière de la nécropole, à l'extrémité du chemin principal séparant en deux le cimetière.

L'édifice repose sur une plate-forme en pierres de taille d'environ 2 mètres de hauteur.

Au milieu de chacun des quatre côtés du socle fut aménagé un escalier permettant d'accéder à la base du monument.

Le corps du monument haut de cinq mètres était constitué d'un pilier carré fait de pierres dont les quatre faces distinctes se réduisent vers son extrémité supérieure. Le sommet est coiffé d'une urne funéraire sur laquelle repose une couronne de feuilles de chênes.

Chacune des quatre faces se caractérise par un symbole ou une allégorie sans grande originalité par rapport à celles rencontrées dans les autres nécropoles militaires allemandes disséminées sur l'ensemble du front.

La face située à l'est, et donc vers le cimetière met en évidence une très classique croix de fer sous laquelle on peut lire la mention
" Den treuen Helden " (Les Héros fidèles)

La face sud montre une scène d'assaut avec des fantassins allemands coiffés du casque à pointe et chargeant, baïonnettes au canon.

Sur la face orientée vers le nord, on peut voir un aigle posé toutes ailes déployées sur un cercueil et tenant dans son bec une branche de chêne censée représenter, dans la symbolique allemande, la pérennité.

Enfin, la face ouest dévoile une plaque commémorative indiquant que le monument a été construit de juillet à septembre 1916 par le Feldlazarett n°4 intégré à la 50è division d'infanterie.

L'historique de la division nous apprend que l'inauguration de l'édifice se déroula le 21 septembre 1916 à 17 heures en présence des délégations de la 50è D.I. ainsi qu'en présence du Général commandant le 15è corps d'armée.

Cette cérémonie eut lieu dans la plus grande simplicité et la plus grande solennité avec les sermons des prêtres catholiques, des pasteurs protestants, ainsi que le traditionnel dépôt de gerbes.

Il est à noter qu'un autre monument fut érigé dans la commune d'Amel sous la conduite du même sculpteur LEISTNER et à la gloire de la première compagnie de l'Armierungs Bataillon n°85.

Ce monument plus modeste dans ses dimensions mais plus original dans sa conception, reposait à même le sol, à l'intérieur d'un massif aménagé.

Cet édifice en pierres de taille était constitué par un pilier carré présentant quatre faces au sommet duquel étaient sculptées quatre têtes de soldats allemands avec chacune une paire de bras tendus vers le haut, portant une plate-forme sur laquelle reposait un aigle aux ailes repliées et au regard perçant.

Sur l'un des côtés était sculpté le blason du royaume de la Saxe tandis que sur la face opposée se trouvait une cartouche dans lequel on pouvait lire " A la mémoire de la première compagnie du sixième Régiment Royal, bataillon de travailleurs n°85. 1916 "

La date et les circonstances de la disparition de ce monument nous sont inconnues et il y a fort à parler que la population du village, de retour d'exil après guerre, ou encore les autorités militaires victorieuses ont, pour des motifs patriotiques, démantelé ce dernier, à moins que cette démolition ne soit la conséquence de la pénurie des matières premières nécessaire pour la reconstruction.



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"Vue du monument construit dans le cimetière d'Amel après son inauguration le 21 septembre 1916"




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"Aperçu du monument se trouvant dans la localité d'Amel avec le sculpteur Albrecht LEISTNER"



Si l'hôpital d'Amel fut avant tout, pour le soldat meurtri dans sa chair et dans son esprit, un havre de paix, une étape apaisante éloignée des affres de la grande bataille, il n'en demeure pas moins que cette facette ne doit pas occulter les drames intimes, les souffrances, les résignations, les espoirs déçus et les longues agonies qui se jouèrent sur ces quelques mètres carrés.

Les photographies des soldats mutilés et blessés aperçues dans l'album de l'infirmier M..... outre la profonde émotion qu'elles suscitent, ont permis aussi de figer irréfutablement et à tout jamais la somme des malheurs concentrés dans ce lieu.

Elles nous permettent également de mieux appréhender cette notion de " l'incommunicable " vécue par la génération du feu, toutes nations belligérantes confondues, et si chère au grand Maurice GENEVOIX.

Plaise donc aux regards de tous ces soldats diminués par tant de violences, de nous rendre attentifs à toutes les conséquences irréversibles entrainées de facto par la guerre...




Le cimetière aujourd'hui


Le cimetière aujourd'hui



Le cimetière aujourd'hui



Emmanuel HANNOTIN



Merci à Jean-Eric ZOBRIST pour nous avoir confié les éléments de cet article.





Sources :

- Un parcours de mémoire entre Saint-Mihiel et Metz au service de santé allemand par Jean-Claude LAPARRA et Pascal HESSE.
- "Denkschrift uber die im Vaux-Adschnitt von der 50 Infanterie-Division in der Zeit vom 14 April bis 20 November 1916 geschaffenen Lager, Bauten und sonstigen Anlagen" par le Capitaine VON SELASEN-SELASINSKY.
- Die Feldgraue, Kriegszeitschrift mit Bildschmuck heraus gegeben im Felde v.d. 50 Inf.Div Numèros parus en octobre 1916 et février 1917.
- Kriegstagebuch des Soldaten MULLER (Fus. Regt. 39).
- Kriegstagebuch von Leutnant ZIMMERMANN (Grenadier-Régiment n°3).
- Album photo de l'infirmier M... de la 50è compagnie sanitaire.

Remerciements :

MM Jean Claude LAPARRA, Pascal HESSE, Olivier MAIGRAT, Jean Louis PERRIQUET, l'A.N.S.B.V., Melle VOLPATO ainsi que le Volksbund Deutsch Kriegsgraberfursorge.


Contribution de la partie texte sur le site : Patricia WOILLARD



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